Anaëlle, esclave de Maître Phénix, Carnet intime d'une Soumise

samedi 7 avril 2018

Découverte des jeux de sang



C'était un vendredi, comme tant d'autres, elle espérait néanmoins que son Maître profiterait de ce rare jour où la maison leur appartenait pour quelques heures pour lui offrir une séance. La dernière datait de quelques jours mais les préoccupations du quotidien semblaient allonger le temps. Avec un plaisir non dissimulé elle lu le mail de son Maître lui indiquant que ce soir il l'utiliserait pour se vider la tête. Une heure , une tenue... Elle retrouva ce petit stress de la préparation qu'elle affectionnait tant, elle se mit à sa place, retrouvant ainsi la sérénité qui lui manquait, loin d'imaginer ce que la séance leur réservait.

 Il était environ seize heures lorsqu'elle reçut l'ordre d'aller mettre son jouet, le lovense que son Maître lui avait offert. Ils n'avaient pas encore eu l'occasion de le tester, à distance. Elle prit place sur le lit et déposa une goutte de lubrifiant pour rendre l'insertion plus facile puis en informa son Maître. Elle se connecta à cette petite appli qui permit à son Maître de prendre la main sur son jouet. Elle attendit les vibrations, pestant contre ce jouet qui s’est une fois de plus arrêté. Doucement, l'objet se mit à vibrer. Ça ne lui procurait pas encore de plaisir mais elle aimait cette sensation. Elle le sentait près d'elle malgré la centaine de kilomètres qui les séparaient. Elle l'imagina, assis derrière son bureau, le portable posé près de lui, choisissant le rythme des vibrations qu'Il lui envoyait. Peut être que cela l'excitait, lui aussi, peut-être pensait-il à elle, à ses réactions, à son agacement lorsqu'Il choisissait rythme trop lent, à son plaisir lorsque les ondulations s'accentuaient, ou encore sa frustration lorsque le rythme ralentissait ou s'arrêtait. Nul doute qu'elle aurait aimé en prendre le contrôle à certains moments mais jamais elle ne l'aurait fait. Parfois il n'y avait plus rien, pendant des dizaines de minutes, ils devaient faire face aux aléas du réseau mobile. Elle prit la route. Sa vie était aussi celle d'une maman. Il connaissait les horaires de la sortie des classes, peut-être pensait elle qu'Il allait lui demander de l'enlever mais Il lui avait juste écrit que cela ne l’empêcherait pas de conduire. L'objet semblait éteint, ça faisait longtemps qu'il ne bougeait plus, puis lorsqu'elle se mit à marcher en direction de l'école, les vibrations reprirent, elle ne put s'empêcher de sourire toute seule, c'était si particulier de le sentir bouger en elle à côté de ces parents à côté desquels elle gardait tout son sérieux.

Elle rejoint la maison, seule, bien avant Son arrivée, lui laissant le temps de se doucher, les yeux sur l'horloge. Elle ne savait pas s'il la sanctionnerait si elle n'était pas prête à l'heure, cette incertitude la déroutait, elle aurait aimé en être sûre, mais elle gagna tout de même sa place à l'heure indiquée. Il faisait encore jour, elle avait hésité à fermer le volet et allumer quelques bougies mais elle décida de laisser les rayons de soleil, si rares, illuminer la chambre. Elle mis en route la playlist tel qu'Il l'avait demandé. Elle connaissait l'importance du choix de la musique, sa capacité à les associer à des émotions, à les faire naître, à les intensifier, son plaisir à les écouter même en dehors des séances pour les retrouver ou simplement se ressourcer. En trois ans ils n'avaient eu que trois playlist, associées chacune à une étape de leur relation, des musiques plutôt douces à leur début, une seconde où elle retrouvait un rythme qui la mettait en condition ou était associée au fouet qu’elle avait offert à son Maître, une troisième en souvenir de ce premier partage à quatre qu'ils avaient eu, elle l'avait écouté, des mois durant. Ce soir, elle lui ferait écouter de nouveaux morceaux qui marqueraient sans doute une nouvelle étape dans leur vie.



Elle prit place à genoux, vêtue d'une petite nuisette rouge et d'un bandeau sur les yeux. Puis elle se dit que ça n'était pas ainsi qu'elle voulait accueillir son Maître. Elle voulait qu'il comprenne la place qu'Il avait pour elle. Ainsi, elle tendit les bras devant d'elle et posa le front contre le sol. Son Maître apprécierait sans doute de la découvrir ainsi, prosternée à Ses pieds.

Elle se sentait bien. Sa place était là. Malgré ses doutes parfois, les incompréhensions, un sens moral qui lui faisait encore trop souvent se demander s'il était bien de vivre ainsi. Oui, elle aimait ça et à cet instant, en sa présence, elle ne pouvait en douter.

Il lui prit la main pour qu'elle se mette à genoux, elle savait ce qu'elle avait à faire, elle y déposa un doux baiser. Elle aimait ce moment, où l'esclave salue son Maître. Ça n'avait rien d’humiliant, il n'était pas question de hiérarchie, le respect était là, des deux côtés. A ce moment  il se passait quelque chose d'inexplicable entre un Maître et une soumise.

Après avoir refermé à l'arrière de la nuque il lui demanda si elle se souvenait de ses mots d'alerte. Elle en fut surprise, cela faisait bien longtemps que cela ne faisait plus partie du rituel. Elle eu cette pensée de Lui dire qu'elle n'en avait pas besoin, que de toute façon elle irait là où Il voulait l'emmener, mais énuméra simplement son code couleur avec la signification en lui demandant si Il pensait qu'elle devrait l'utiliser ?

Debout, les bras maintenus tendus au dessus de la tête à l'aide chaînette passée dans l'anneau de ses bracelets de contrainte, reliée à un crochet, Il la dévêtit. Son Maître pourrait ainsi disposer de son corps et en faire ce que bon lui semble. Le jute vint s’enlacer sur sa peau, elle ne voyait rien mais imaginait très bien le bondage de la poitrine que son Maître lui faisait.

Il échauffa ensuite ses fesses à l'aide de la badine. Un rythme rapide très léger ponctué de coups plus marqués. Trop légers pour la préparer. Il ne ralentit pas le rythme mais accentua la puissance, c'était bien plus vif, le rythme n'était pas celui qu'elle connaissait, les coups marqués s'enchaînaient la faisant crier et se dandiner pour se dérober. Elle repris toujours sa place. Parfois la main de Son Maître passait sur ses fesses échauffées. Le paddle remplaçait parfois la badine, ça claquait plus mais il était bien plus large et malgré le bruit qu'il faisait il était plus facile à supporter. Son Maître s'amusait parfois à la frapper avec le côté fourrure, elle en souriait, tous deux savaient qu'il s'agissait dans ce cas plus d'une caresse.
Son Maître finit par la détacher, elle prit place à quatre place les genoux sur le bord du lit, lui faisant goûter encore et encore à la puissance de la badine. Il lui dit de penser aux marques qu'elle garderait sur les fesses et rien que pour ça ça valait le coût de souffrir. Il connaissait mieux que quiconque la satisfaction qu'elle avait dans cet après où le reflet du miroir ou la douleur pour s'asseoir lui rappelait à quel point elle Lui appartenait.

Il la fit reprendre place sous le crochet. Un tissu humide vint désinfecter ses omoplates. Elle devina sans mal ce qui allait suivre, c'était la première fois qu'il la piquerait debout. Une première aiguille transperça sa peau, sans douleur, elle aimait ressentir le pincement de sa peau, puis une seconde la fit crier. Il en plaça trois de chaque côté puis quelques unes de chaque côté de son dos jusqu'à la naissance de ses fesses. Les deux dernières furent plus douloureuses. Ses fesses étaient non seulement très sensibles mais Son Maître avait également choisi des aiguilles d'un diamètre supérieur.

Il plaça ensuite un ruban de satin. Elle le sentait appliqué, attentif, absorbé. Elle aimé ça. Jamais elle n'aurait trouvé le temps long. Elle aimait ce moment où Il prenait du temps pour s'occuper d'elle. Son corps était désormais paré de juste, de satin entrelacé et d'aiguilles.

Il n'en avait pour autant pas fini avec elle. Il lui piqua les fesses à de nombreuses reprises avec une aiguille pour faire perler le sang. Elle se demanda comment une simple tête d'aiguille pouvait faire aussi mal, elle cria puis elle accepta la douleur, ça n'était pas si terrible, elle pouvait le supporter. Des dizaines de petits piqûres. Elle imaginait son fessier avec quelques gouttes de sang. Sur l'instant elle avait elle aussi envie de ce moment.

Le sang n'était pas une limite pour elle, toutefois il s'agissait d'une vraie difficulté. Depuis petite elle ne supportait pas la vue du sang, elle redoutait les hôpitaux, se sentait mal lorsqu quelqu'un se blessait, adolescente même ses règles l'avaient déjà fait tomber plus d'une fois dans les pommes.

Son Maître pressa ses fesses puis tapa avec la badine sur son cul ensanglanté, une goutte tomba sur son mollet. Peut-être cela a-t-il suffit à la faire paniquer. Elle se sentit soudainement un peu mal et en informa son Maître lui demandant s'Il pouvait la détacher. Il accepta en lui demanda si ça allait. C'était une mesure de précautions, elle-même pensait qu'elle allait pouvoir se contrôler. Mais dans les secondes qui suivirent, elle se retrouva, les genoux au sol, la poitrine appuyée contre le matelas prise de nausées, une envie de vomir, de se laisser partir. Il lui fallait de l'air. Elle s'allongea, à même le sol, sentant les aiguilles dans son dos, les mains attachées dans les bracelets de contrainte, la tête posée sur un oreiller devant la porte fenêtre ouverte donnant sur la rue. Il n'y avait rien à faire, ça n'était pas grave en soi, il fallait juste attendre que ça passe. Elle s'en voulait d'être si sensible, d'avoir gâché le plaisir de son Maître qui avait envie de jouer avec le sang et la badine.

Une fois passé, elle se releva, et pris place debout contre le mur demanda à son Maître de reprendre là où il s'était arrêté. Mais Il refusa, en disant qu'ils allaient déjà aller plus loin et qu'Il avait déjà pris son plaisir. Elle aurait voulu lui offrir ce moment, elle avait peur qu'Il n'ose pas y revenir de sitôt mais IL avait raison car déjà un deuxième malaise la reprenait et elle retourna s'allonger sur le sol.

Ils se souviendraient probablement longtemps de cette découverte des jeux de sang.

jeudi 5 avril 2018

Marquée au fer d'Eva Delambre et réflexion personnelle



J'ai refermé hier le livre "Marquée au fer" d'Eva Delambre. Je ne sais pas s'il faut encore présenter cette écrivaine, une de mes préférées, spécialisée dans les romans bdsm. J'ai lu tous ses livres, chacun m'a apporté quelque chose. Eva a ce don de mettre des mots sur ce qui est difficilement explicable et sublime merveilleusement ce lien si particulier entre un Maître et Sa soumise. Sa plume me parle, probablement parce que je me retrouve un peu dans les personnages, les ressentis, les questionnements aussi. Ses mots me font sourire parfois lorsque je retrouve certaines questions que je me suis posées, m'émeuvent, me font grimacer, me révoltent ou  me permettent de m'interroger. Une chose est sûre, ils ne laissent pas indifférent.

J'ai lu L'esclave (mon préféré) alors que je n'étais que soumise novice. Je l'ai trouvé particulièrement dur, trop dur pourtant je n'ai pu m'empêcher de le glisser entre les mains de mon Maître. Quand j'y repense je me dis souvent que ma lecture serait différente aujourd'hui car nous avons évolué, les limites ne sont plus les mêmes, les envies changent... L'envol de l'Ange m'a quant à lui émue aux larmes (très émotive, oui ça m'arrive mais rarement avec un livre). Bien qu'ayant moins apprécié Devenir sienne car nous avons chacune notre sensibilité, j'étais impatiente de découvrir Marquée au fer où l'on retrouve les personnages de Hantz et Laura. Eva prévient son lectorat dès les premières pages, nous irons dans le SM sans restriction. Je dois avouer que personnellement ça n'a fait qu'aiguiser mon impatience à en découvrir davantage.

Pourtant, j'ai eu du mal à accrocher. J'ai retrouvé ce que j'avais moins apprécié dans Devenir sienne, un enchaînement trop rapide de scènes, trop de personnages... j'ai donc fini par le délaisser. Il m'a fallu plus d'une demi-année pour m'y remettre, pensant qu'il serait tout de même bon de le terminer.

Il est arrivé au bon moment. Ma lecture fut différente. Au fil des pages il m'a rappelé ce sentiment profond de l'appartenance. Celui que je ressentais si fortement à chaque instant au plus profond de moi. De doux souvenirs lorsque je m'agenouillais par exemple aux pieds de mon Maître avec ce petit mélange de peur, de stress, d'excitation, de fierté et d'interrogation sur le "qu'en dira-t-on" lorsque nous étions en public. Certaines choses sont devenues si naturelles entre nous que des émotions que je chérissais se sont limées au fil du temps. En lisant ce livre j'ai compris que c'était simplement "normal", ça n'enlève rien à l'intensité de la relation, c'est simplement différent.

Ce roman est comme l'avais promis l'auteur, dur. Les personnages vont très loin et Eva m'a emmenée dans une découverte de sensations encore inconnues. On pourrait parfois se dire que c'est "trop" mais de quel droit le ferait-on ? Cette histoire est celle de Laura et Hantz et ne regarde qu'eux. N'oublions pas qu'avant tout chaque relation M/s est basée sur un principe fondamental, le consentement. Et au travers de cette relation qui leur est propre on ressent à chaque instant un épanouissement mutuel. La magie du lien, pratiques extrêmes ou non. Je dois être une indécrottable fleur bleue car même dans ce SM parfois déroutant, je suis troublée par la beauté des sentiments. Point de "je t'aime" mais des attitudes et des gestes qui ne peuvent laisser insensible.

Bien entendu cela reste un livre,une fiction, chacun étant libre d'en faire son analyse. Ça n’est pas un mode d'emploi, un exemple à suivre édictant des règles pour être une bonne soumise. Cette histoire est propre à Laura et Hantz.

J'aurais, personnellement beaucoup de mal à accepter l'usage sexuel d'une autre soumise en étant de côté car nous vivons au-delà de notre relation Maître/esclave une relation d'amour depuis de nombreuses années.

J'ai fini par m'attacher à Laura. Elle ne demande rien, n'attend pas de reconnaissance ou d'admiration, elle ne cherche à plaire à personne si ce n’est à son Maître qu'elle veut servir à la perfection. Elle vit juste ce qu'elle est.

Quant à Hantz, c’est un personnage troublant qui m'a fait grogner plus d'une fois. Pourtant je ne peux nier que j'ai aimé son charisme et sa sévérité.


Entre fantasme et réalité

Une occasion supplémentaire de prendre conscience de l’ambiguïté de mes sentiments au sein non plus de ce roman mais de notre propre vie.

Étant mari et femme, je ne peux imaginer vivre sans tendresse et mots doux, je les aime autant que Ses termes crus et ces moments où Maître semble ne plus se soucier de moi et me pousse dans mes retranchements.

Il m'arrive d'imaginer une vie, cette vie dont nous parlons depuis un moment déjà et sur laquelle nous travaillons où Maître me fera vivre ma condition d'esclave plus profondément encore. Une envie, commune, d'aller plus loin, d'être plus à Lui et de Le suivre. Une soif, oserai-je dire une impatience, de découverte, de ressentir plus pleinement encore ma condition et parcourir ensemble le chemin qu'Il nous tracera.

C'est curieux mais bien que je ne me sente aujourd'hui physiquement ou mentalement pas prête à aller aussi loin que dans ce roman, c’est quelque chose qui me fait fantasmer, qui m'attire,  je m'y retrouve d'une certaine manière. La rigidité,le contrôle total du Maître me plaît, tout comme l'abandon de la soumise.

J'ai cependant encore peur de franchir ce pas de trop où nous serons emportés dans une relation nouvelle, et où peut-être les envies de tendresse se raréfieront... au risque un jour de les regretter sans pouvoir faire machine arrière.