Anaëlle, esclave de Maître Phénix, Carnet intime d'une Soumise

jeudi 5 avril 2018

Marquée au fer d'Eva Delambre et réflexion personnelle



J'ai refermé hier le livre "Marquée au fer" d'Eva Delambre. Je ne sais pas s'il faut encore présenter cette écrivaine, une de mes préférées, spécialisée dans les romans bdsm. J'ai lu tous ses livres, chacun m'a apporté quelque chose. Eva a ce don de mettre des mots sur ce qui est difficilement explicable et sublime merveilleusement ce lien si particulier entre un Maître et Sa soumise. Sa plume me parle, probablement parce que je me retrouve un peu dans les personnages, les ressentis, les questionnements aussi. Ses mots me font sourire parfois lorsque je retrouve certaines questions que je me suis posées, m'émeuvent, me font grimacer, me révoltent ou  me permettent de m'interroger. Une chose est sûre, ils ne laissent pas indifférent.

J'ai lu L'esclave (mon préféré) alors que je n'étais que soumise novice. Je l'ai trouvé particulièrement dur, trop dur pourtant je n'ai pu m'empêcher de le glisser entre les mains de mon Maître. Quand j'y repense je me dis souvent que ma lecture serait différente aujourd'hui car nous avons évolué, les limites ne sont plus les mêmes, les envies changent... L'envol de l'Ange m'a quant à lui émue aux larmes (très émotive, oui ça m'arrive mais rarement avec un livre). Bien qu'ayant moins apprécié Devenir sienne car nous avons chacune notre sensibilité, j'étais impatiente de découvrir Marquée au fer où l'on retrouve les personnages de Hantz et Laura. Eva prévient son lectorat dès les premières pages, nous irons dans le SM sans restriction. Je dois avouer que personnellement ça n'a fait qu'aiguiser mon impatience à en découvrir davantage.

Pourtant, j'ai eu du mal à accrocher. J'ai retrouvé ce que j'avais moins apprécié dans Devenir sienne, un enchaînement trop rapide de scènes, trop de personnages... j'ai donc fini par le délaisser. Il m'a fallu plus d'une demi-année pour m'y remettre, pensant qu'il serait tout de même bon de le terminer.

Il est arrivé au bon moment. Ma lecture fut différente. Au fil des pages il m'a rappelé ce sentiment profond de l'appartenance. Celui que je ressentais si fortement à chaque instant au plus profond de moi. De doux souvenirs lorsque je m'agenouillais par exemple aux pieds de mon Maître avec ce petit mélange de peur, de stress, d'excitation, de fierté et d'interrogation sur le "qu'en dira-t-on" lorsque nous étions en public. Certaines choses sont devenues si naturelles entre nous que des émotions que je chérissais se sont limées au fil du temps. En lisant ce livre j'ai compris que c'était simplement "normal", ça n'enlève rien à l'intensité de la relation, c'est simplement différent.

Ce roman est comme l'avais promis l'auteur, dur. Les personnages vont très loin et Eva m'a emmenée dans une découverte de sensations encore inconnues. On pourrait parfois se dire que c'est "trop" mais de quel droit le ferait-on ? Cette histoire est celle de Laura et Hantz et ne regarde qu'eux. N'oublions pas qu'avant tout chaque relation M/s est basée sur un principe fondamental, le consentement. Et au travers de cette relation qui leur est propre on ressent à chaque instant un épanouissement mutuel. La magie du lien, pratiques extrêmes ou non. Je dois être une indécrottable fleur bleue car même dans ce SM parfois déroutant, je suis troublée par la beauté des sentiments. Point de "je t'aime" mais des attitudes et des gestes qui ne peuvent laisser insensible.

Bien entendu cela reste un livre,une fiction, chacun étant libre d'en faire son analyse. Ça n’est pas un mode d'emploi, un exemple à suivre édictant des règles pour être une bonne soumise. Cette histoire est propre à Laura et Hantz.

J'aurais, personnellement beaucoup de mal à accepter l'usage sexuel d'une autre soumise en étant de côté car nous vivons au-delà de notre relation Maître/esclave une relation d'amour depuis de nombreuses années.

J'ai fini par m'attacher à Laura. Elle ne demande rien, n'attend pas de reconnaissance ou d'admiration, elle ne cherche à plaire à personne si ce n’est à son Maître qu'elle veut servir à la perfection. Elle vit juste ce qu'elle est.

Quant à Hantz, c’est un personnage troublant qui m'a fait grogner plus d'une fois. Pourtant je ne peux nier que j'ai aimé son charisme et sa sévérité.


Entre fantasme et réalité

Une occasion supplémentaire de prendre conscience de l’ambiguïté de mes sentiments au sein non plus de ce roman mais de notre propre vie.

Étant mari et femme, je ne peux imaginer vivre sans tendresse et mots doux, je les aime autant que Ses termes crus et ces moments où Maître semble ne plus se soucier de moi et me pousse dans mes retranchements.

Il m'arrive d'imaginer une vie, cette vie dont nous parlons depuis un moment déjà et sur laquelle nous travaillons où Maître me fera vivre ma condition d'esclave plus profondément encore. Une envie, commune, d'aller plus loin, d'être plus à Lui et de Le suivre. Une soif, oserai-je dire une impatience, de découverte, de ressentir plus pleinement encore ma condition et parcourir ensemble le chemin qu'Il nous tracera.

C'est curieux mais bien que je ne me sente aujourd'hui physiquement ou mentalement pas prête à aller aussi loin que dans ce roman, c’est quelque chose qui me fait fantasmer, qui m'attire,  je m'y retrouve d'une certaine manière. La rigidité,le contrôle total du Maître me plaît, tout comme l'abandon de la soumise.

J'ai cependant encore peur de franchir ce pas de trop où nous serons emportés dans une relation nouvelle, et où peut-être les envies de tendresse se raréfieront... au risque un jour de les regretter sans pouvoir faire machine arrière.

2 commentaires:

  1. Ah ce roman... et cette dualité.

    C'est pour ma part mon roman préféré d'Eva Delambre. Et pourtant je ne me vois pas vivre comme Laura, sauf de manière ponctuelle. Je suis comme toi, notre relation à nos maris et Maîtres est ponctuée de moments variés, nous ne sommes pas dans une vie où l'esclavage absolu peut être une option. Il y a le côte pratique, matériel, avec les enfants notamment, mais aussi le lien d'amour entre un mari et une femme. Et c'est là qu'il y a dualité, car moi aussi je ressens ces envies d'absolu, d'extrême, qui sont si bien dépeintes dans ce roman.

    Alors pour ma part je le lis et le relis souvent, je m'imagine vivre certaines scènes, que nous pourrons peut-être réaliser un jour (ou que nous avons déjà réalisées pour certaines), je ressens aussi fortement le lien qui existe entre une esclave totale et son Maître, cet amour (car oui c'en est un) qui unit deux êtres à part. Mais ce n'est pas un but à atteindre, juste comme tu le dis si bien un chemin que le Maître trace, avec l'aide de Son esclave, dans une idée commune de la vie qu'ils souhaitent. Mais point de peur belle Anaëlle, je suis intimement convaincue que si nos Maîtres prennent le temps d'avancer, d'explorer et de tester, c'est justement pour éviter ce pas de trop, celui qui mettrait à mal ce qui fait le fondement même d'une relation 24/7 dans un couple : l'amour.

    Un amour qui peut prendre bien des visages. Pour ma part je ne ressens jamais plus l'amour que Maître me porte que lorsque je suis lovée à Ses pieds et qu'Il serre fortement mon cou ou mon bras. Je me sens à Lui, en sécurité, aimée et choyée. Plus qu'avec tous les "Je t'aime" possibles. Et pourtant Il me dit souvent qu'Il m'aime, car c'est l'un de Ses besoins à Lui. Un des nombreux visages de l'amour. Tout comme vous avez le vôtre, et vous connaissant un peu mieux maintenant, je crois pouvoir dire que ni l'un ni l'autre ne laisserez cet équilibre s'envoler, malgré votre évolution et votre chemin présent et à venir. Tout simplement parce que vous êtes conscients des risques.

    Merci pour ce beau partage ma belle et à très vite.
    Je t'embrasse fort, salue Maître Phénix de ma part je te prie.

    Tout tendrement,

    élerinna, kajira d'Elendil

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  2. Je te remercie ma belle d'avoir partagé ainsi ton ressenti qui me fait beaucoup réfléchir sur un autre aspect du rôle du Maître.

    Tu as tout à fait raison, il est impossible de vivre comme dans cette fiction. D'ailleurs même Laura ne le vit pas en permanence : le week-end, les vacances, pendant quelques jours ensuite tout en sachant que cela est un moment exceptionnel.

    Il faut composer avec tous les aspects de notre vie, qu'il s'agisse d'obligations professionnelles, de l'éducation et de l’épanouissement de nos enfants mais aussi de ces moments où l'amour s'exprime différemment.

    J'ai relu plusieurs fois ce passage où tu parles de de la conscience mutuelle des risques et des précautions prises par nos Maîtres pour avancer, explorer, tester pour éviter ce pas de trop.

    Cette peur du pas de trop me préoccupe depuis bien longtemps, pas tout le temps bien sûr, c’est très ponctuel, je l'oublie le plus souvent mais cette crainte ressurgit de temps à autre.

    Je pensais que cette préoccupation n'était que la mienne mais comme tu le dis les Maîtres s'assurent à chaque cap franchi que l'équilibre est toujours présent.

    Merci d'être là,

    Je t'embrasse fort ma belle,

    Mes humbles respects à Maître Elendil,

    Avec toute mon affection,

    Anaëlle

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